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Introduction : Cet article est la présentation résumée d’une thèse de Doctorat de Philosophie que nous avons soutenu en octobre 2014 à l’Université de Paris Ouest Nanterre la Défense et qui portait justement ce titre et ce sous-titre. Le but avoué de ce travail universitaire est de faire reconnaître la parole de ceux qui se désignent sous le nom collectif d’usagers en santé mentale en contribuant, par un travail théorique exigeant et rigoureux, à faire entendre la validité de leur propos. De manière polémique, nous avons, dans le passé, tenu deux propos complémentaires : Le premier était de dire que : « Aussi vrai que la folie existe, “le-fou” n’existe pas ». L’autre de prétendre que :« Le jour où des personnes peu habituées à parler seront entendues par des personnes peu habituées à écouter, de grandes choses pourront arriver. » Aujourd’hui, l’heure est venue pour nous d’étayer ces propos. La démarche que nous avons entreprise est de dépasser la pétition de principe, aussi moralement justifiée nous paraisse-t-elle par la générosité qui la sous-tend, pour interroger les fondements de notre prise de position. Cela nous a paru d’autant plus nécessaire que nous avions souvent l’impression de tenir des propos subversifs, des discours à contre-courant de la pensée la plus couramment admise sur la question, quand bien même nous avions le sentiment de dire des évidences. Nous avons voulu comprendre le phénomène, comprendre comment y remédier, car la seule pétition de principe, justifiée par le refus, ne nous paraissait pas suffisante, quand bien même le sentiment de révolte que cela inspire nous semble légitime. Posé comme énigme de recherche, le problème se formulait ainsi : peut-on considérer les personnes en souffrance psychique comme des personnes à part entière et non comme des personnes à part ? Comment pouvoir passer de la disqualification au respect des intéressés ? L’énigme posée est celle de savoir si...

Introduction [*]

Apparu dans les années 1970, le secteur de l’Insertion par l’Activité Économique (IAE) est devenu avec le temps un outil essentiel de la lutte contre l’exclusion. Il a été intégré au code du travail par une série d’articles [1] qui en définissent les contours, même s’il reste encore, dans son application sur le terrain, une forme particulière entrepreneuriat social où coexistent la plupart du temps dynamisme économique, humanisme social et militantisme raisonné.

L’idée partagée par tous les acteurs de l’IAE est de favoriser la réinsertion sociale par le retour à une activité économique, en mettant à profit la dynamique vertueuse qu’elle procure pour travailler sur le projet professionnel. On conçoit couramment que ce type de structure assure au moins cinq fonctions, en mixant des aspects issus de l’entreprise classique et d’autres venant du champ de l’intervention sociale : employeur, production, formation, accompagnement socioprofessionnel et développement local. C’est là que réside justement toute la complexité du dispositif d’insertion, qui doit, par exemple, assurer sa fonction d’employeur tout en aidant la personne à développer son projet professionnel et ses aptitudes. Cela a notamment pour conséquence que l’employeur d’insertion sait non seulement que l’employé partira pour un autre emploi, généralement avec des conditions salariales plus intéressantes, mais c’est surtout son objectif essentiel, au mépris de l’intérêt immédiat de la structure.

Nous défendons dans cet article l’idée selon laquelle la structure IAE est un territoire dans lequel s’expérimentent de nouvelles formes d’organisation sociale, où la participation des acteurs est convoquée à tous les niveaux, et où l’activité se conçoit à la fois comme activité de production d’objets et de services à vocation économique, et comme activité de production de soi, c’est à dire d’élaboration et de transformation du parcours...

La réflexion proposée ici a pour objectif de tester les possibilités offertes par une théorie de la signification qui n’aurait pas recours à la notion de contenu, et dans laquelle l’intention serait entièrement opaque [10].

On considère deux agents qui ne peuvent communiquer qu’en échangeant des cartes sans signification a priori : ils ne connaissent pas les figures, aucune inscription n’est présente, aucun manuel n’est fourni. La seule règle du jeu ne suppose rien concernant la signification des figures représentées : les joueurs peuvent échanger des cartes en les posant à tour de rôle. Les joueurs ne partagent donc d’explicite que l’historique de l’échange, privé de toute définition. Nous conjecturons néanmoins l’émergence progressive de valeurs symboliques grâce aux nombreuses interactions qui permettent aux joueurs de stabiliser leurs propres routines sur la base des réactions de l’interlocuteur. Ainsi, chaque joueur aura tendance à supposer que les comportements répondant à ses actions sont le fait de routines de son opposant. En informatique théorique, cette idée est rendue par la notion de bi-orthogonalité, par laquelle on définit un type logique $A$ comme l’ensemble des preuves $\pi$ de $A$ qui répondent aux preuves $\pi'$ de l’orthogonal $\neg A$ (voir notamment [6] et [3]).

L’idée première de l’ontologie telle qu’elle est appliquée à la méthodologie de la création d’un système formel est de rendre explicite un domaine qui ne l’est généralement pas. Dans ce modèle, il s’agit de montrer par un système réduit comment non seulement rendre compte mais encore traduire, avec la rigueur d’un système formel, un certain nombre de phénomènes linguistiques pour lesquels la plupart des théories se trouvent prises au

Si la valeur descriptive d’un tel modèle nous paraît avérée, ce n’est pas sans poser certains problèmes ontologiques. Il faut notamment s’assurer que la procédure d’interprétation repose sur des...