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L'auteur

Florian Lebreton

Référence

Florian Lebreton, « Sport de rue et dispositifs de l’action publique », Influxus, [En ligne], mis en ligne le 23 décembre 2016. URL : http://www.influxus.eu/article1061.html - Consulté le 24 octobre 2017.

Sport de rue et dispositifs de l’action publique

Regards croisés sur l’organisation du parkour en France et en Angleterre

par Florian Lebreton

Résumé

L’article a pour ambition de discuter les dispositifs de l’action publique accompagnant les jeunes pratiquants de Parkour en France et en Angleterre. Nous avons opté pour une approche comparative qui soit à même de rendre compte des disparités en matière de traitement politique des usages sportifs de l’espace public venant bousculer les normes habituelles. L’objectif est de prolonger la réflexion sur l’action publique à partir d’activités sportives pratiquées par un jeune public en quête de reconnaissance. Comment sont-elles prises en charge par les pouvoirs locaux et nationaux ?

Abstract

The article aims to discuss the features of public action accompanying parkour practitioners in France and England. We opted for a qualitative and comparative approach that is able to account for disparities in treatment of athlete’s political uses of the street. If the French devices show that practitioners are encouraged to take up the challenge to integrate associations in a second time local participatory processes, the British context is more in an inclusive process that recognizes the business, its culture and its educational challenges.

Le sport est un espace propice aux expressions identitaires et notamment de la jeunesse (Gibout&Lebreton, 2014). Dès lors, les dispositifs de l’action publique qui accompagnent ou ignorent ces publics nous fournissent une grille de lecture intéressante pour analyser les processus décisionnels en matière d’organisation des sports de rue, espace problématique s’il en est (Calogirou, 2005). Pourtant, la fonction sportive de la rue est avérée, c’est ici que les publics juvéniles improvisent et inventent des logiques sportives et ludiques (Pedrazzini, 2010). Or, face à l’émergence des activités sportives en milieu urbain, trois modèles de traitement politique sont identifiés (Vieille-Marchiset, 2003, 2009 ; Gasparini & Vieille-Marchiset, 2008) : l’aveuglement, l’impératif associatif, l’accompagnement et l’aménagement. De plus, la littérature regorge de travaux illustrant les dispositifs d’intervention sociale – par l’affrontement régulé, par l’apprentissage des règles, etc. - en faveur des publics juvéniles et en difficulté notamment (Charrier, 1997 ; Vieille-Marchiset, 2003, 2010 ; Spaaij, 2012). Nous nous intéresserons en particulier à la pratique du parkour dont les caractéristiques organisationnelles, environnementales et esthétiques sont maintenant reconnues (Lebreton, 2010b ; Previtali et al., 2014). Regroupés en communautés pratiquantes, les tracers (appellation que s’attribuent les pratiquants) s’organisent selon certaines modalités bien identifiées par la sociologie du sport (Atkinson & Young, 2008). Ces activités sportives, considérées comme déviantes, à la marge des organisations sportives traditionnelles, en investissant l’espace public, se voient qualifiées tour à tour de pratiques contre-culturelles, sous-culturelles, autonomes, libres, sauvages ou informelles, etc. Pour autant, les différentes communautés de parkour étudiées en France dans le cadre de cette enquête ne se définissent pas ainsi mais regrettent, pour la plupart, d’être ignorées des pouvoirs sportifs locaux.

En s’appuyant sur deux contextes différents (français et anglais), l’enquête cherche alors à croiser les dispositifs identifiés de manière à interroger le concept de la déviance sportive et ses répercussions sur le développement de la pratique. Si les deux contextes ne sont pas comparables en l’état (i.e organisation sportive différente) en revanche, nous cherchons à identifier comment un contexte peut selon certains principes culturels, historiques ou politiques, imposer aux publics concernés de nombreuses transformations organisationnelles, ou faire le choix de reconnaitre l’activité avec les codes, règles et valeurs sur lesquelles se fondent le parkour et sa philosophie « hébertiste » ou le retour à une vie « naturelle ». L’apport principal de cet article réside dans le croisement de ces deux contextes pour montrer que l’évolution du parkour connait des trajectoires différentes selon le type d’encadrement du sport proposé. Si l’encadrement fédéral n’existe pas en tant que tel en Angleterre, des dispositifs d’accompagnement se créent pourtant, nous y reviendrons. En France, c’est plutôt l’étiquette de public « hors-club » qui pose des difficultés. C’est d’autant plus paradoxal que le parkour est né en France. Aujourd’hui, les acteurs français tentent de s’organiser, de se former et de se professionnaliser par des canaux non fédéraux pour ensuite dialoguer plus ou moins efficacement avec les pouvoirs locaux. Cette situation alimente, nous dit Vieille-Marchiset, « les effets de stigmatisation » tout en renforçant le rôle des pouvoirs sportifs organisés (Vieille-Marchiset, 2003 :216).

Dans un premier temps, nous présenterons brièvement l’activité pour ensuite situer le contexte et la méthodologie employée et discuter les mesures adoptées dans chacun des contextes. Le contexte français montre que l’activité n’étant pas encore pleinement reconnue, des incidences sécuritaires et législatives pèsent sur les acteurs. Dans un second temps, le modèle anglais sera alors présenté puis, de la même manière les incidences (professionnalisation des éducateurs, reconnaissances par les pouvoirs sportifs, enjeux sociaux et éducatifs) seront discutées.

Le parkour, une pratique urbaine

Le parkour [1] est une activité physique et sportive née dans la rue, en banlieue Parisienne au début des années quatre-vingt-dix, et consiste à s’approprier et à détourner les éléments du décor urbain en obstacles ludiques. Cofondée par un groupe d’amis d’enfance et inspiré des techniques d’entraînements reprenant les concepts de Georges Hébert, la pratique se scindera très rapidement en deux communautés distinctes, l’une en France avec David Belle et l’autre en Angleterre avec Sébastien Foucan. Les concepts de franchissement d’obstacles et du déplacement nécessite l’apprentissage, initialement entre pairs, d’un ensemble de techniques et motricités corporelles [2] : saut, escalade, quadrupédie, équilibre, course, etc. Les tracers utilisent des bancs, des escaliers et bien d’autres éléments pour pratiquer le parkour. L’activité est un mélange interdisciplinaire de gymnastique, d’art et de danse mettant en scène des mouvements de liberté (Gilchrist et Wheaton, 2011) dans une corporéité urbaine. La pratique contient l’idée de la non-compétition bien qu’une sportification soit engagée à différents niveaux (Lebreton et al., 2010b). Le parkour évolue ensuite durant les années 2000 en tant que sous-culture puis se transforme de manière transnationale, en raison notamment de l’utilisation massive des médias et réseaux sociaux. Le parkour est souvent défini par les primo-pratiquants comme une discipline urbaine qui consiste à se déplacer efficacement et rapidement dans un espace, à développer des capacités individuelles pour ensuite surmonter une série d’obstacles, de manière utilitaire. Selon certains auteurs, le parkour partage des caractéristiques alternatives comme le skateboard (Gilchrist & Wheaton, op.cit) : refus de toute compétition officielle, nous l’avons dit, mais surtout valorisation personnelle à travers la conquête des espaces publics urbains. Le point commun à tous ces modes alternatifs réside dans l’auto-organisation du groupe, du moins dans ses prémices. Pour exister, ce principe d’autonomie est remis en cause. De plus en plus de communautés pratiquantes fondent localement leurs associations pour engager le dialogue avec les pouvoirs locaux et obtenir un espace de pratique sécurisé. Nous reviendrons précisément sur cet aspect au cours de notre discussion. En raison de la popularité du parkour dans les contextes étudiés [3], le traitement par les institutions de l’activité révèle différents modes d’organisation et de régulation publique. L’analyse du parkour montre qu’une activité auto-organisée, sous le poids de sa progressive institutionnalisation, permet de rendre compte des conflits inhérents au développement des sports de rue et de leurs dimensions éducatives trop souvent sous-estimées.

Contexte et méthodologie de recherche

Cette recherche s’inscrit dans une étude menée en France et en Angleterre autour de la problématique liée aux politiques du parkour, de sa culture transnationale et des dispositifs socio éducatifs qui accompagnent le développement de la pratique [4]. En prenant le parkour comme focale d’analyse, il s’agit de révéler les différences culturelles majeures où les modalités du contrôle social qui varient d’un contexte à une autre et en mettant en exergue tout à la fois, les relations de pouvoir qui se construisent autour de ces pratiques, les négociations auxquelles elles donnent lieu ou encore les conflits qui émergent suite aux usages de la ville. L’article traite des actions engagées en faveur du parkour, de la reconnaissance de l’activité et de ses différents enjeux. La stigmatisation des sports alternatifs présents sur les espaces publics et l’étiquetage que subissent les pratiquants engendrent des modes de prise en charge différenciés selon les logiques d’action propres aux pouvoirs sportifs. La reconnaissance et les actions entreprises par les décideurs viendront renforcer ou non le caractère déviant des pratiques et acteurs concernés. C’est en tout cas notre thèse au regard de la comparaison effectuée. Pour mener à bien cette recherche, nous avons d’abord étudié les textes officiels (retranscriptions, textes réglementaires, etc.) puis réalisé des entretiens de type semi-directifs avec différents acteurs (sportifs, décideurs locaux et nationaux) et des observations participantes sur les lieux de pratique, qu’ils soient encadrés en gymnase ou dans la rue. D’un point de vue méthodologique, nous avons volontairement anonymés les discours des enquêtés lambdas tandis que les discours « publics » sont retranscris tels quels. En France, quelques associations commencent à se structurer avec l’aide de l’UFOLEP, la FFSPT ou de collectivités locales pour pouvoir bénéficier de structures d’accueil « multisports » et temporaires. En 2010, nous avions ainsi recensé 84 associations déclarées de parkour, pour une moyenne d’âge de 16 ans, et 400 pratiquants inscrits dont environ 2000 en dehors (Lebreton, 2010a). Les entretiens semi-directifs ont été réalisés avec les intervenants impliqués dans le processus, que ce soient les participants locaux, les organismes de formation parkour pour l’Angleterre, quelques agents de police et bien sûr les acteurs institutionnels porteurs des différents projets. Dans ce dernier groupe d’enquêtés figurent les représentants institutionnels du parkour anglais (parkourUK  ; parkour Generations) et ceux qui actent pour une fédération française. Nous nous sommes aussi documenté sur les diverses structures de gouvernance qui émergent autour de l’activité pour tenter de répondre à ces questions centrales : comment le personnel impliqué dans l’institutionnalisation est chargé d’enseigner le parkour, de quelles manières, avec quels éducateurs ; puis, au regard de ces observations, comment le parkour peut devenir un outil éducatif valorisant un bien-être physique et relationnel à destination de publics non sportifs. Les deux contextes croisés peuvent alors faire apparaitre des différences selon le niveau d’institutionnalisation et les enjeux de développement propres à chaque contexte :

Contexte de la recherche
Contexte Anglais
Contexte Français
-Niveau d’institutionnalisation

-Enjeux de développement

National Governing Bodies (NGB)

parkourUK (PKUK)

parkour Generations

Création de nouveaux métiers sportifs, spécifiques parkour

Outil Educatif pour la régénération/reconstruction urbaine (quartiers et publics en marge de l’accès au sport)

Partenaires commerciaux

Projet amorcé par le ministère des sports (2007-2009)

Projet de Fédération Française des Sports Urbains (FFSU) depuis 2009

Quelques associations affiliées à la Fédération Multisports (EPMM) et à la Fédération Française de Sport pour Tous

Flou juridique

Absence ou peu de partenaires

Professionnalisation de l’encadrement

Du conflit aux négociations… L’impasse des pouvoirs sportifs Français ?La stratégie de « l’aveuglement »

Comme point de départ, nous nous référerons aux débats engagés lors des Etats Généraux sur les sports urbains (2009) où la secrétaire d’Etat reconnaissait dans un discours public le manque d’intérêt porté aux sports urbains et à leurs enjeux :

« Depuis des années, les sports urbains ont connu une forte croissance. Mais cette croissance s’est faite, c’est là le problème à l’écart du monde sportif traditionnel et sans aucune reconnaissance des pouvoirs publics. Ce qui a entraîné avec le temps plusieurs difficultés, en particulier en matière d’accès des sports urbains à l’espace public, de sécurité des pratiques ou encore d’absence de formations adaptées. Le ministère des sports s’est trop longtemps désintéressé de cette situation. Il fallait réagir. (…) Je suis convaincue que le ministère des sports a tout autant besoin des sports urbains qu’eux ont besoin de lui »  [5]

Le rôle joué par les organisations sportives françaises semble aujourd’hui clair. L’absence de réflexion autour des pratiques sportives qui suscitent des manières de faire, de se représenter et des valeurs différentes de celles habituellement encouragées dans le sport compétitif – c’est-à-dire les victoires et performances qui constituent les moteurs symboliquement valorisés dans ce modèle – marque l’impasse des organisations et une certaine résistance face à d’autres modèles culturels. Par ailleurs, le parkour suscite un engouement sans précédent chez les enseignants français d’Education Physique et Sportive (EPS) qui cherchent à transposer en milieu scolaire les situations motrices initialement créées dans la rue [6]. L’innovation peut être vue sous un angle éducatif et scolaire (Hillairet, 2006) par l’introduction progressive du parkour dans quelques établissements. L’innovation possède un caractère générationnel fort qui va s’exprimer dans la modification des usages, des comportements et des choix sportifs notamment. Les sports de rue en sont une illustration.

En France, le parkour s’inscrit dans une réflexion qui engage le mouvement sportif traditionnel et l’adaptation de ces derniers à la nouveauté et ce qui fabrique l’innovation. L’attitude qui consiste à préférer la « stratégie de l’aveuglement » (Vielle-Marchiset, 2003, 2009) ne profite à personne. Alors que le parkour est largement médiatisé aujourd’hui, suscitant par ailleurs de nouvelles générations de tracers, de nombreux jeunes pratiquants cherchent à expérimenter, souvent seuls, les répertoires techniques du tracer. Le parkour est aujourd’hui moins une sous-culture qu’une activité médiatisée et progressivement réappropriée par les grandes marques commerciales. Pour le coup, cela suscite quelques intérêts et/ou regrets chez les pouvoirs publics comme le relate la secrétaire d’Etat à l’époque :

« D’autres sont plus réactifs et ont compris bien plus rapidement que nous [Ministère des sports] le potentiel des sports urbains. Des marques de vêtement y ont retrouvé les valeurs – l’imagination, l’innovation, la mixité – qu’elles-mêmes souhaitent diffuser. Des médias spécialisés y ont vu l’opportunité de créer de nouveaux types d’événements mêlant compétitions sportives et festival de musical (…) Ce constat me laisse un gout amer et de gâchis. Des sports dynamiques, innovants, portant de fortes valeurs sociales sont soutenus par des marques d’équipementiers, mais pas par le secrétariat d’Etat aux sports ? » [7]

Les sports urbains créent leur propre système de valeurs et de normes et de cette manière, « prônent l’innovation permanente, le croisement des disciplines, l’évolution des règles, l’auto-arbitrage  » [8]. En se sportifiant, certaines des pratiques alternatives cherchent à se rapprocher des institutions sportives pour diverses raisons. Les acteurs ne se déclarent pas contestataires mais soucieux de régénérer le mouvement sportif. Les enjeux sont nombreux : promotion de nouvelles APS, éducation par les APS et intégration de « nouveaux » publics sportifs (femmes, néo-sportifs). Le concept d’innovation ne figure pas comme un élément isolé de la réflexion. Bien au contraire, il fait écho au thème de la déviance traitée ici car « innover suppose toujours de prendre le risque de transgresser les règles sociales » nous rappelle Alter (2000, p.3) et par ailleurs, briser les normes, conventions et usages en vigueur (Hillairet, op.cit., p.30).

Le premier constat que l’on fait est que la situation française, en ne reconnaissant pas l’activité, pose un certain nombre de problèmes aux associations de parkour mais aussi à certaines municipalités qui font le choix d’accompagner leurs associations locales. On se rappelle pourtant Mr R. Donnedieu de Vabres, alors Ministre de la Culture et de la Communication en 2006, être convaincue que « les cultures urbaines méritent d’obtenir des collectivités publiques et une reconnaissance qui doit se développer à la hauteur des enjeux et de l’ampleur du phénomène » [9]. Ou encore le restitution du Rapport sur les « cultures urbaines » [10] en Mars 2007 faisant un état des lieux des cultures urbaines en formulant une série de propositions pour que s’engage durablement un processus de reconnaissance. Pourtant, quelques associations tentent de s’organiser autrement pour rassembler les pratiquants isolés et participer d’une certaine manière, au renouveau du sport de proximité. Emergent alors deux questions. Comment les pratiquants passent de la rue comme lieu d’apprentissage au gymnase municipal ? Sur quelles bases sécuritaires, juridiques et pédagogiques s’organisent-ils aujourd’hui ?

Quel modèle éducatif pour le parkour ?

Si le dialogue est maintenant amorcé sous l’effet de la multiplication des sports urbains, où se situe le parkour aujourd’hui ? Quelles sont les incidences externes d’une part, puis internes d’autre part sur cette position instable que subissent les acteurs (éducateurs et pratiquants) du parkour ?

Les incidences externes d’une absence de structuration sur le projet éducatif

Devant le jeu des échéances politiques, le projet de la FFSU, dont la vocation est de « promouvoir, organiser et gérer sportivement les sports urbains et toutes leurs spécialités (soit près de 30 disciplines réparties en 7 catégories) » ou encore de « proposer une structure et un cadre à la pratique de ces sports, tant aux licenciés qu’aux différentes collectivités intéressées », semble aujourd’hui absent des agendas politiques. Le parkour subit aujourd’hui l’absence de cadre institutionnel qui garantirait à ses pratiquants un cadre social, juridique et sécuritaire accepté et reconnu de tous. Les ethnographies réalisées avec les pratiquants français montrent une stigmatisation accrue des pratiquants « sauvages » car la pratique souffre de ce processus d’étiquetage. Quelques interpellations subsistent encore entre les forces de l’ordre, les pratiquants et les riverains. Voici un témoignage que nous livre un tracer français sur sa dernière interpellation :

« Ils [la BAC] m’ont interpellé en phase d’échauffement dans un coin ou je fais des ciseaux sur une barrière et des montées de marche à l’envers ... à voir l’état d’excitation et d’énervement dans lequel ils étaient, faut croire que ça faisait bien 10 minutes qu’ils me cherchaient, mais vu que je traine jamais plus de 5 minutes sur un spot, ils ont dû croire que je jouais au chat et à la souris .. le policier qui m’a interpellé était de face (le plus gros 110 kg je dirais ) et celui qui s’est placé derrière moi pour m’empêcher de fuir m’ont d’abord demandé ce que je faisais sur un ton assez pressant dirons-nous (mais correct bien sûr), je leur ai dit que je m’entrainais en toute bonne foi ... là le policier m’a dit qu’ils avaient été appelé par des gens du voisinage car ils avaient peur ... je lui ai dit que je comprenais mais qu’il n’y avait pas lieu d’avoir peur, je fais rien de mal ... là il me dit que ces gens on dit que je montais sur des balcons privés, ce qui est faux lui dis-je, je monte sur une corniche à côté d’un balcon, nuance, donc ceci étant éclairci il appelle ses potes au talkie pour dire que c’est rien qu’en fait c’est un jeune qui joue au Yamakasi... (Je les remercie d’ailleurs pour avoir fait parler du parkour, même eux sont au courant, c’est cool) il m’a demandé de remettre mon t-shirt (j’étais dans un coin à l’abri des regards mais en plein soleil), c’est interdit d’être torse nu, Ok ! Il m’a demandé mes papiers, que je n’avais évidemment pas, alors il a pris mon nom, adresse, date de naissance (çà a dû lui faire bizarre je dois avoir presque son âge ...) Et fin de l’affaire j’ai continué à tracer... j’ai supprimé un spot du coup » [11]

La situation que nous décrivons se reflète dans les interactions quotidiennes que connaissent les pratiquants face à l’organisation sociale de la rue. Si les pouvoirs publics français ont impulsé en 2007 les premières négociations entre acteurs sportifs et institutionnels, les démarches visant à reconnaitre les sports urbains et ses différentes pratiques sont aujourd’hui absentes des agendas ministériels. Cette position a la particularité d’enfermer les publics investis dans une démarche de reconnaissance dans un flou culturel, juridique, sécuritaire et professionnel. Devant l’augmentation très nette du nombre de jeunes pratiquants et l’inquiétude des parents à voir leurs enfants pratiquer une activité alternative au monde sportif traditionnel, les difficultés persistent et s’accroissent même pour certains. Le paradoxe de la situation est que les pouvoirs publics sont pourtant conscients de cet immobilisme : « ne rien faire, c’est laisser des jeunes, et leurs parents, sans points de repères sérieux pour choisir des associations de sports urbains offrant des garanties suffisantes en matière d’encadrement et de sécurité » [12]. Mais ne rien faire c’est peut-être surtout « laisser les associations de sports urbains sans moyen pour se développer, sans accès aux équipements sportifs pour pratiquer. Car sans reconnaissance de l’Etat et du mouvement sportif, les collectivités choisiront toujours de privilégier des activités reconnues par une fédération ». Cet immobilisme crée toujours un peu plus de stigmatisation dans la mesure où l’identification de la pratique et de ses acteurs reste pour le coup « clandestine » ou tout au moins cantonnée sur des lieux peu fréquentés par les citadins comme le relève ce pratiquant :

« En fonction de la personne, j’explique…je vais expliquer… en fonction de comment je vais la sentir…Certaines tu sais de toute manière qu’ils ont leur idée…Qu’ils sont fermés. Ce n’est pas la peine de dire que tu fais du sport…leurs réponses vont être « il y a des terrains de sport pour faire du sport… Ce n’est pas fait pour grimper » et d’autres…ils te disent de partir sur un autre ton…ils ont l’air moins fermé…du coup…tu leur expliques et là souvent, tu pars dans des discussions où ils comprennent ce que tu fais mais disent que « voilà nous…c’est nos murs…c’est bien ce que vous faites…mais on ne peut pas vous laisser faire…moi ça me dérange pas…Je comprends…franchement je m’en vais mais quand c’est des personnes fermées…tu les regardes d’un œil » [13]

Or, s’il est vrai que certaines communautés pratiquantes ne désirent pas être instituées, de nombreuses autres souhaitent développer leurs activités, faire connaître leurs disciplines, former des éducateurs, encadrer leurs pratiques et être soutenues par les pouvoirs locaux. Par aveuglement et/ou indifférence, le parkour continue d’être considéré comme un sport « déviant ». Ici, le contexte organisationnel conduit à la stigmatisation de ceux qui font en dehors du système fédéral. Ce premier niveau d’analyse en appelle un second plus descriptif. Quelles sont les stratégies que mettent en place les acteurs pour s’organiser et rendre leur projet un peu plus cohérent auprès des institutions, des jeunes et de leurs parents ?

Suite à une augmentation de la fréquentation de la discipline, plusieurs acteurs ont souhaité encadrer celle-ci afin d’éviter les dérapages et accidents résultant de ce mimétisme culturel. Comme dans toutes pratiques dangereuses, les traumatologies existent malheureusement en parkour. La raison pour laquelle nous insistons sur cet état d’indifférence s’explique par la nature du lien qui unit cet apprentissage mimétique où le contrôle didactique est faible, et l’absence de dispositions légales et sécuritaires qui accompagne l’activité. Si la socialisation « être ensemble, entre-soi » (Fize, 1993) peut-être connotée négativement, elle est pourtant une réalité sociologique très répandue chez les publics juvéniles. En effet, l’« auto-socialisation » comme le rappelle l’auteur, est aussi essentielle dans un contexte où la place des jeunes dans une « société en panne » dans ses processus de « régulation sociale intergénérationnelle » (Fize, op.cit.) mérite que l’on s’y attarde davantage. Ainsi, les finalités du parkour ciblent principalement la prévention de la délinquance urbaine, l’autonomie, la construction sociale de l’individu et enfin, la promotion et le développement des potentialités. En effet, nous avons relevé dans nos observations participantes une attitude très forte qui consiste à développer, entre eux, les valeurs courage et travail contribuant à une régulation effective de l’estime de soi chez les adolescents (De Cazenave, Michel, 2008). Or, plus l’apparence et la valeur physique perçues sont positives et plus le bien-être sera élevé, les rapports à autrui facilités et les comportements adaptés. Cette mentalité se construit au gré des pratiques, des parkour day  [14] et des rencontres effectuées sur les différents « spots » avant d’être imitée par chacun des membres du groupe informel. Nous avons pu mesurer l’impact de ce genre de rassemblements sur les sociabilités développées entre pratiquants. Ces derniers n’ont que peu d’occasion de se rencontrer ailleurs, les parkour day leur permettent alors d’assimiler les principes structurant du parkour. Si un léger sentiment d’inorganisation transparait, tous les jeunes rencontrés en profitent pour se frotter aux autres et tenter d’acquérir de précieux conseils : sur les tenues à adopter, les meilleurs chaussures permettant la pratique du parkour et notamment pour ce qui concerne la transformation manuelle de la semelle et des éventuels crampons, etc. Ces réunions en plein air sont ainsi l’occasion d’éprouver, ensemble, des situations qui donneront naissance ensuite à ce qu’ils appellent les valeurs du parkour : solidarité, entraide, échange de conseils, émulation collective, ambiance festive, discipline, etc…

Le problème majeur concerne la prévention des risques encourus pour un jeune pratiquant dans la rue où les conditions nécessaires à un apprentissage contrôlé ne sont que partiellement remplies. Certes, la présence d’un adulte référent ayant la plus grande expérience dans le groupe est nécessaire mais ces derniers reconnaissent eux-mêmes les limites de la « rue », en tout cas dans un premier temps. Un éducateur reconnu localement nous livre son sentiment sur ce point :

« La salle, c’est bien et il faut faire que ça ! Moi, j’ai commencé par le béton…mais j’étais contraint… il faut être bien motivé aujourd’hui pour se lancer complètement dans la rue… Le risque de blessures, il est là en fait…quand t’es capable de faire quelque chose mais que t’as pas encore le mouvement…t’es obligé de passer par des étapes de transition comme la salle… » [15]

Les principes mis en avant par le parkour militent pour un « autre sport » où les dimensions philosophiques et éducatives sont très fortes. Sans rappeler ici son affiliation à la « méthode naturelle » d’éducation corporelle, « faire du sport autrement » comme nous le précise ce Président d’association, reste la valeur éducative forte de la discipline. De manière générale, les objectifs concernent l’apprentissage de nouvelles techniques de déplacement et d’une nouvelle façon de percevoir l’environnement bâti. Une des répercussions internes à cette situation décrite plus haut est le projet cadre de l’association de préfiguration, la FFSU amorcée depuis 2007. Où en-t-il aujourd’hui ? Pour installer durablement le parkour dans le système institutionnel, les primo-arrivants de la discipline cherchent à multiplier les événements et autres démonstrations publiques. Cette première étape de toute institutionnalisation [16] a permis ensuite de développer une forme « scolaire » du parkour, davantage orienté vers les notions de force, agilité, vitesse, coordination, courage, persévérance et équilibre. Cependant, la très faible représentativité de la Fédération Française de parkour (FFPK) induit l’absence d’une nomenclature officielle et commune pour désigner ses différents mouvements et apprentissages. Un flou culturel persiste où chacun des acteurs tentent de se revendiquer tant du parkour que du free running (discipline voisine mais centrée sur l’esthétisme et la spectacularisation de l’activité). Dans ce cadre en chantier a émergé l’association de préfiguration FFSU pour accompagner ces pratiques. Elle devait inscrire dans une « politique ministérielle d’encouragement à la pratique sportive et plus particulièrement à la reconnaissance, du développement, de l’accompagnement et de l’encadrement des sports urbains et des nouveaux sports apparus dans les années récentes, à venir, et qui doit aboutir à favoriser la lisibilité et la valorisation de ses sports et de leurs pratiquants ». L’objectif majeur étant de « peser sur les politiques publiques locales et nationales  » [17] pour bénéficier d’un cadre juridique adapté aux sports urbains, d’avoir la possibilité d’obtenir des subventions, de faciliter l’accès des pratiques sportives et obtenir des salles pour les entrainements et de donner des responsabilités à des jeunes adolescents en dirigeant des ateliers et ainsi participer à la vie associative. En d’autres termes, le processus de reconnaissance des sports urbains et du parkour doit proposer un encadrement où les pratiquants sont rassemblés en une même famille et « l’intérêt serait de passer d’une discipline à une l’autre sans changer de licence » [18] car les demandes affluent principalement dans les quartiers. Ce point a d’ailleurs été écarté depuis les Etats Généraux de 2009, puisque Mme R. Yade avait alors déclarée que « la création d’une fédération rassemblant tous les sports urbains  » ne serait pas d’actualité : « Le soutien de l’Etat, oui ; le formatage, non  ». Les dimensions « amateur » et « autodidacte » associées aux sports urbains posent la question de la transmission des techniques et des valeurs. L’accompagnement de ces modes d’expression est un enjeu fondamental pour les politiques publiques qui visent à promouvoir « le sport pour tous ». La culture parkour peut être distinguée selon trois logiques : artistique (où la pratique est une fin en soi, la pratique à exposer au public), expressive (la pratique est le lieu de revendications et de construction de soi) et éducative (toucher des publics et développer la place des jeunes dans la cité). Devant les réticences institutionnelles qui peinent à reconnaitre les aspects éducatifs, entre autre, véhiculés dans les sports urbains, nous allons voir que les acteurs parviennent pourtant à se faire accepter dans le tissu sportif local et à se professionnaliser par d’autres intermédiaires.

Les incidences internes sur le développement associatif et éducatif du parkour

Faire face à l’augmentation de jeunes qui souhaitent débuter la pratique en toute sécurité et devant l’absence de brevet professionnel parkour, cela suppose la présence de référents qui endossent le rôle d’éducateur. Ici se joue toute la complexité des nouvelles pratiques car les enjeux de la professionnalisation émergent. Cela suppose une adhésion, une identité et la définition de rôles éducatifs et sociaux pour dynamiser le champ professionnel (Augustin, 2003). Deux problèmes ressurgissent alors : l’obtention d’un lieu fermé et sécurisé d’une part et la formation d’un éducateur avec un diplôme d’Etat d’autre part. Les acteurs du parkour, non sans quelques difficultés majeures, arrivent, se prennent en charge sur le mode de la « débrouillardise » et développent des projets municipaux et locaux. On distinguera l’académie nationale comme générateur de métiers sportifs du secteur privé et les associations locales qui peinent à se former auprès de formations délivrées par le Ministère des Sports. Prenons deux aspects en particulier pour appuyer ces propos : le premier concerne les rassemblements existants autour desquels se réunissent les acteurs du parkour puis les incidences que cela engendre sur la formation des pratiquants. En premier lieu, a été créée en Mai 2008 la première structure de formation française, « laboratoire pédagogique » - Académie de l’Art du Déplacement (ADD) - soutenu par la municipalité d’Evry (Essonne). Le projet pédagogique ainsi défendu par son créateur (Bruno Girard) est de montrer qu’il est possible de fédérer les tracers autour d’une académie nationale et d’un même programme philosophique, éducatif et culturel. Encadrée par cinq primo-arrivants de la discipline (issus des Yamakasi) regroupés en SARL, la société (ou « académie ») propose des cours axés sur l’écoute et l’observation à travers le jeu, les défis et trainings-blocks (apprentissage dans l’endurance), les stages de formation et l’acquisition de la « licence » inscrites aux programmes d’instruction internationaux. Calquée sur le modèle Britannique (parkour Generation), cette licence s’adresse aux pratiquants confirmés et aux personnes déjà qualifiées qui veulent intégrer la pratique dans le cadre de leurs activités socio-éducatives (professeurs d’EPS, professeurs de disciplines artistiques et sportives diverses, etc.). Ainsi, pour une cotisation de 150 euros, des cours avec assurance comprise sont accessibles aux mineurs (dès 5 ans), aux adultes et des stages ont lieu en gymnase intérieur et parfois en extérieur.

En interrogeant un autre acteur de la pratique à la fois proche des fondateurs et collaborateur avec les instances de la culture, de la jeunesse et des sports, ce dernier nous livre ce sentiment « autodidacte » qui consiste à se prendre en main, à se débrouiller dans la législation française en matière d’encadrement d’activités physiques et sportives :

« Nous avons noué une relation avec la ville d’Evry qui est liée à la naissance de cette discipline, appelée art du mouvement (…), nous devons nous interroger pour savoir si nous devons nous exporter hors de France pour trouver des solutions nous permettant de fonctionner et d’exister ou bien si nous devons exercer notre activité sur notre territoire d’origine, en France ? Cette question n’est pas simple car le schéma institutionnel français est complexe. Nous avons eu la chance de trouver des partenaires qui soient à notre écoute. Ils ont considéré que notre discipline correspondait bien à une réalité. Il a été question de sport, de culture, de social. On nous a parlé d’un jeune qui a été recruté par le Cirque du soleil. De notre côté, avant de créer une académie, une école, le Cirque du soleil est venu rencontrer les fondateurs Yamakasi, Chao et Laurent, pour leur demander de former des artistes. Six jeunes issus des quartiers d’Evry initialement formés par les Yamakasi travaillent aujourd’hui pour le Cirque du soleil, à Las Vegas, où ils réalisent un spectacle. Nous considérons le lien avec la professionnalisation comme une réalité. Ce ne sont pas les institutions françaises qui sont venues nous visiter. Cela signifiait tout simplement qu’il existait des capacités en termes de compétences et de savoir-faire. A partir de ce moment-là, nous avons décidé de créer un laboratoire pédagogique et d’aller au-devant des interlocuteurs » [19]

Il faut bien comprendre que cette initiative provient des acteurs eux-mêmes et non d’un contrat de formation institutionnel. La formation a le mérite de former des personnels susceptibles de devenir expert de leur discipline mais non d’être reconnu par le Ministère des Sports. Le cadre pour la transmission du savoir est donc à construire comme le rappelle ce primo-arrivant de la discipline : «  les professeurs d’EPS s’intéressent à cette discipline. Beaucoup d’entre eux réalisent leurs maîtrises sur ce sujet. Nous essayons de donner des moyens à ces professeurs. En Angleterre, le Yamakasi [parkour] est vraiment considéré comme un sport par le gouvernement. Par contre, en France, l’image de cette discipline est celle d’un sport urbain  » [20]. Devant l’absence de dialogue entre les institutions et les jeunes porteurs de projets, la loi du silence, de l’indifférence et de l’aveuglement persiste toujours. Bien entendu, cette « ADD » est un exemple particulier des incidences externes liées à l’absence de reconnaissance mais elle est néanmoins prometteuse quant aux possibilités de se former d’une part et aux retombées sociales et éducatives d’autre part :

« Il existe des élus qui font leur travail. Il existe aussi un problème de moyens. Afin de disposer d’une autonomie de moyens, nous avons considéré qu’il convenait de créer notre propre structure pour développer nos actions. Il s’agit d’un long travail, qui est difficile. Il est important que les sponsors s’intéressent à ces pratiques, pas seulement sur le plan de la compétition. La société change. Les valeurs sont essentielles dans ces pratiques, et dans le sport en général. Il existe aussi une économie, avec des personnes qui doivent se former » [21]

Si cette formation est une prémices à la professionnalisation des tracers français, elle pose une autre question. Comment se professionnaliser ailleurs que dans le cadre de cette académie « ADD » et obtenir un diplôme d’Etat ??Ensuite, nous prendrons comme illustration une association rennaise de parkour. Comment s’est-elle créée et surtout, comment fonctionne-t-elle aujourd’hui ? Nous avons suivi l’exemple d’un jeune éducateur rennais, Président de l’association, pour qui le parcours professionnel a été semé d’embûches. Débutant le parkour en 2004 de manière isolée, il a rapidement fédéré autour de lui quelques tracers rennais pour créer en 2009 une association de parkour proposant ainsi des cours « indoor » en gymnase.

L’itinéraire de ce jeune tracer n’est pas anodin. Devant l’absence de cadre juridique et sécuritaire, il a du se former au métier d’éducateur sportif pour tous –qui ne porte pas spécifiquement sur le parkour- et justifier sa démarche de professionnalisation auprès des partenaires locaux (ville de Rennes, DRJS, etc.). Là encore, l’absence de cadre au niveau national renforce les difficultés pour se former et former les autres. Cette association est aujourd’hui directement affiliée à la Fédération Française pour l’Entraînement Physique dans le Monde Moderne (FFEPMM), Sports pour Tous et indirectement aux fédération sportives multisports [22]. Bien entendu, ce nouveau statut a eu un effet immédiat. Aujourd’hui reconnue, encadrée et ayant un support juridique clair, l’association accueille de manière légale une trentaine de jeunes âgés de huit à trente ans sur 8 créneaux hebdomadaires pour 3 publics cibles (âges de moins de 15 ans, plus de 15 ans, confirmés). Dans ce gymnase, les bases techniques sont apprises sur le mode gymnique avec beaucoup d’entraide entre les individus. D’ailleurs, certains se surprennent à partager pour la première fois des émotions au sein d’un groupement sportif, pourtant réfractaire au départ à ce mode de sociabilité. En se démarquant des logiques sportives compétitives, un public « nouveau » se présente à cette association. La peur de se retrouver seul dans la rue à expérimenter des techniques hasardeuses et les valeurs affichées dans l’association encouragent ces publics habituellement en marge du modèle sportif traditionnel à s’y retrouver. Nous remarquons que certains jeunes adolescents(e)s semblent découvrir le goût de l’effort et se prennent de passion pour de multiples répétitions de mouvements dans un environnement sécurisé. L’association a essentiellement pour vocation de « transmettre les bases du parkour aux débutants » nous rappelle son Président. Ce dernier nous précise encore que cela implique une hiérarchie en termes de niveau de pratique dès lors que l’on mentionne le statut de débutant :

« Je ne suis pas ici pour faire des champions mais pour leur permettre d’acquérir les bases. Parmi les tracers il y a des étudiants qui ne sont que de passage, mais si à la fin de l’année, ils arrivent à faire ce mouvement là ou bien encore celui-là, des mouvements de base quoi, je serai content. » [23]

L’association est aussi un lieu opportun pour pouvoir se retrouver avec les autres pratiquants et partager un grand nombre d’informations spécifiques au parkour. Les débutants notamment trouvent de nombreux bénéfices à la pratique en association :

« C’est bien pour débuter, pour apprendre les mouvements fondamentaux qui te permettent de continuer après. Tout seul, on peut prendre de mauvaises habitudes, et puis on a vite fait de se faire mal plus facilement. Ici, X à un diplôme d’éducateur sportif, il sait ce qu’il faut faire pour ne pas traumatiser les articulations par exemple. Et puis dehors, il y a des chocs…etc. »  [24]

Et vantent également les mérites d’un apprentissage contrôlé, en intérieur où les répétitions n’engagent leur corps que dans une moindre mesure :

« Moi dehors j’ai peur. Ici je peux avoir une précision mais dans la rue, il sera plus petit, et puis je ne peux pas tenter des trucs comme ici. »  [25]

Le suivi ethnographique de cette association fait émerger deux critères fondamentaux pour comprendre cette phase d’officialisation. D’une part, la présence d’un éducateur qualifié et compétent permet d‘avoir un cadre sécuritaire satisfaisant puis d’autre part, la pratique en salle avec du matériel d’entraînement offre aux pratiquants un niveau d’engagement qui se différencie de celui observé initialement dans la rue. Les observations suggèrent que la présence de matériel est également un choix déterminant dans le choix de pratiquer en gymnase. Tout comme elle permet aux débutants de s’essayer à certains mouvements, l’utilisation de tapis de mousse, de plinthes, etc., est une opportunité pour les pratiquants confirmés d’essayer de nouvelles techniques ou bien d’approfondir certains mouvements en augmentant l’intensité de travail. Par exemple, une augmentation intensive du travail passe par une augmentation progressive de la distance qui sépare l’impulsion du plinth :

Mais si la présence de matériel s’avère jouer un rôle prépondérant dans le succès de l’association, cet engouement pour la pratique en gymnase fait inévitablement émerger un nouveau paradoxe relevé par certains acteurs sportifs :

« Alors que le parkour fait partie des quelques pratiques qui ne nécessitent qu’un équipement sommaire, voire aucun équipement particulier, cette nouvelle façon de considérer le parkour par le biais d’instruments, de modules et autres accessoires est une particularité du parkour institutionnel. Comment peut-on percevoir cette spécificité ? Que penser des réflexions qui prennent place, à l’heure actuelle, concernant la création de modules spécifiques au parkour »  [26]

Le cadre d’apprentissage se résume alors aux traditionnels feedback que l’on observe dans toutes les structures sportives dès lors que l’on vise une progression. Nous avons constaté l’importance accordée à la répétition de gestes techniques. Le travail engagé auprès des jeunes est axé sur la prise de risque et sur la réussite des mouvements aériens. Fidèle au projet d’initiation pour les débutants, les injonctions encourageant la répétition se font nombreuses : « Faites en plusieurs  » ; « Il faut en faire  » ; « Il n’y a pas de secret, il faut en chier !  » ; « Vous avez la chance d’avoir un mouvement, ne le lâchez pas ! Sinon la prochaine fois…  ». On l’aura constaté, passer de la rue au gymnase contribue à rendre l’apprentissage du parkour davantage crédible vis à vis du monde extérieur. Le risque est d’évoluer progressivement vers un sport institutionnalisé où l’optique techniciste prendrait le dessus au détriment de la visée éducative avec l’apprentissage de gestes « utiles » (équilibre, sauter, courir, etc.). Le travail entrepris par cette association est de légitimer le parkour auprès des pouvoirs locaux pour devenir un acteur de l’offre sportive locale. Le travail a aussi permis de régler la problématique de l’assurance des jeunes pratiquants avec un système de cotisations qui leur permet d’être couvert en cas d’accidents corporels sur les créneaux en gymnase. Un autre débat fait pourtant irruption, aménager des parkour Park. Certaines tensions commencent à se faire sentir chez ceux qui voient là un instrument caractéristique du contrôle social [27] et de la dénaturation de leur activité originelle. La première « aire de parkour » (inaugurée par la fédération française de parkour) a vu le jour en 2012 au cœur de Bondy en banlieue parisienne et suscite déjà des querelles internes sur la véritable identité du parkour français.

On le voit, les pratiques émergentes sont-elles aussi créatrices de nouveaux métiers adaptés à la réalité des publics, de la pratique et des territoires (Augustin, 2003). Les enjeux de la professionnalisation du parkour sont très forts. Si l’offre sportive pour le parkour se développe très lentement, elle est a encouragée si l’on souhaite créer un outil éducatif et original en direction de publics qui se démarquent des licenciés fédéraux. Pour bien comprendre la particularité de cette situation française, intéressons-nous au modèle britannique et à son organisation différente.

Du conflit à l’inclusion… La reconnaissance du parkour par les pouvoirs sportifs Anglais

L’émergence des sports qualifiés de « style de vie » – lifestyle sports – a été reconnue et prise en compte dans les processus politiques qui visent l’inclusion de publics ciblés (Tomlinson et al., 2005) pour favoriser l’engagement et la participation des publics juvéniles. En effet, l’organisation du sport britannique n’est pas seulement centrée sur les formes compétitives mais bien sur les dimensions participatives et ludiques émanant des cultures physiques. En Angleterre, le développement du parkour (et du freerunning) contribue aux débats actuels quant à la capacité qu’ont les sports alternatifs à atteindre les objectifs gouvernementaux (Wheaton, 2012) en termes de promotion du sport chez les publics marginalisés [28]. Pour cette raison, l’action entreprise par les pouvoirs publics anglais s’apparente cette fois au traitement politique de l’accompagnement (Vieille-Marchiset, 2003, 2009). La promotion de l’inclusion sociale par la pratique ludique et sportive qualifiée d’innovante (Donnelly & Coakley, 2002, 2004) prend tout son sens dès lors que l’engagement et la participation des publics est atteinte. Les nouvelles offres sportives en Angleterre, en cohérence avec les transformations sociales, permettent de promouvoir les activités physiques chez les jeunes en marge des sports traditionnels. La « nouveauté » du parkour, son identité urbaine, son jeu avec le risque, sa dimension spectaculaire et ses caractéristiques participative, citoyenne, inclusive et anti-compétitive contribuent à le populariser. C’est pourquoi des actions publiques pour la jeunesse, des réflexions autour des aménagements spécifiques et des mesures pour professionnaliser les encadrements sont actuellement menées et favoriser l’engagement de la jeunesse anglaise (Gilchrist&Wheaton, 2011).

La reconnaissance du parkour anglais comme pratique éducative

L’Angleterre reconnait le parkour au sein de ses organismes nationaux de régie du sport depuis le début 2010 et la création de la fédération de parkour d’Angleterre (parkour UK, PKUK). Leur mission est de promouvoir le parkour avec la garantie d’un cadre d’enseignement régulé de l’activité. En d’autres termes, ces acteurs se chargent dorénavant de mettre en place un système de contrôle de l’enseignement du parkour :

« Notre but est de guider, supporter et assister à tous les niveaux les pratiquants de la discipline, et de réguler et maintenir les standards du coaching de ce sport [parkour] dans le pays. Parkour UK supervisera le développement et l’organisation de la pratique émergente des fondamentaux jusqu’à la certification des instructeurs de haut niveau. » (parkourUK)

La fédération anglaise de parkour est ainsi inscrite au programme du National Governing Bodies (NGB) qui a pour mission de superviser l’organisation des sports recensés ainsi que leurs orientations futures. Dans le cadre du parkour, le NGB est chargé de fournir une structure et une gouvernance nationale de l’activité, de soutenir les clubs dans leurs démarches d’affiliations, d’augmenter à la fois la qualité et la quantité des acteurs impliqués dans la formation, d’organiser des évènements, d’aider au financement des installations, informer et conseiller sur les modes de financement et enfin, aider au développement de cette activité. En bref, le but de cet organisme national des sports est d’accroître la participation, de développer les apprentissages et de former jusqu’au haut niveau. La particularité de cette organisation est que le parkour est maintenant soumis aux exigences traditionnelles des sports institutionnels à l’exception d’un point : l’absence de compétition. Or, cet aspect est fondamental si l’on veut comprendre les enjeux que soulève la transformation du parkour. En effet, du point de vue politique et éducatif, il s’agit de concevoir une pratique qui se démarque du modèle compétitif et valorise une participation individuelle et des bénéfices physiques ou psychologiques. L’institutionnalisation a pour conséquence directe de professionnaliser les acteurs de ce sport et de rendre crédible la culture parkour aux yeux des décideurs nationaux et locaux. ?De quelle manière le parkour anglais est aujourd’hui considéré comme une « bonne pratique » éducative à destination des publics juvéniles ?

Le parkour au cœur de la cité

Le dialogue amorcé entre les tracers et les décideurs locaux ont permis l’intégration du parkour aux programmes d’éducation par le sport. Cela a également permis de répondre à certaines demandes, notamment en matière d’aménagement de nouveaux espaces sportifs ouverts (parkour park) ou éphémères (structures et caissons amovibles). En réponse à une demande sociale croissante, ces aménagements ludiques fleurissent aux quatre coins du monde (Australie, Etats-Unis, Canada, Europe de l’Est, Ecosse, Irlande, Angleterre). Ces avancées « pratiques » sont facilitées par la reconnaissance de la pratique et de sa culture opérée par les organisations britanniques. De nombreux sites d’apprentissages extérieurs ont maintenant été multipliés au cœur de grands ensembles urbains ou de zones urbaines ciblées pour divers problèmes sociaux (délinquance, sédentarité, etc.).

La reconnaissance et l’officialisation sont maintenant bien engagées, les lieux d’apprentissages et les finalités accordées au parkour anglais (Gilchrist, Wheaton, 2011) sont certainement dus à une autre conception de l’encadrement du sport au sens français. A Westminster, quartier londonien aux caractéristiques socio-économiques et démographiques mixtes et où subsistent notamment quelques zones de pauvreté et de violence, le parkour y a été développé depuis 2005 par Westminster Sports Development Unit [29]. Cette structure intervient au Royaume-Uni pour développer des dispositifs éducatifs autour du parkour.

L’objectif est notamment d’accompagner la professionnalisation des acteurs du parkour. Par l’intermédiaire d’initiatives telles que la Positive Futures ou Youth Sports Trusts, la structure travaille activement pour la légitimation des connaissances et savoirs spécifiques au parkour (techniques et pédagogiques), dans la formation des acteurs et la négociation de sites ouverts et/ou fermés. Le dispositif de Westminster connait une expansion rapide. Il coordonne désormais l’enseignement du parkour dans plus de quatorze écoles du quartier, que ce soit dans le cadre des programmes scolaires d’éducation physique ou périscolaires. Ainsi, sont proposés trois cours pour adultes, une académie hebdomadaire et gratuite pour les jeunes et des activités pendant les vacances scolaires. La formation et l’entrainement qu’ils proposent sont alors approuvés et soutenues par l’Assessment and Qualifications Alliance [30] qui reconnaît le parkour comme étant une part entière du programme national pour le développement de la gymnastique. L’initiative de Westminster pour le développement du parkour est la plus souvent citée en exemple parmi les programmes Positive Futures. Organisme national crée en 2002, axé sur la promotion de l’inclusion sociale par la pratique sportive en faveur des jeunes âgés de 8 à 18 et financé par le Home Office [31]. Trois fois par semaine, des cours sont organisés dans différents centres sportifs et de loisirs pour les jeunes (âgés de 8 à 13 ans) résidant dans des zones urbaines défavorisées. D’ailleurs, ce programme éducatif qui agit pour la prévention des violences urbaines semble avoir un réel impact sur ??la participation des jeunes aux dispositifs institutionnels. Des zones urbaines sont alors identifiées et des conventions d’objectifs sont signées dans le but de réduire les consommations de drogues, incivilités et comportements agressifs et accroître la participation des jeunes aux dispositifs locaux. C’est ce que nous précise avec enthousiasme cet agent de développement au conseil des sports de Westminster concernant la participation des jeunes femmes :

« C’est fantastique que ce soit très populaire avec une section de jeunes filles musulmanes qui sont typiquement très difficiles à engager dans l’activité physique. Elles aiment les cours de parkour [workshops] pour se divertir et se maintenir en bonne forme physique. Nous pensons que la raison pour laquelle le parkour connait un tel succès est le fait qu’il est non-compétitif, facile à rassembler et peut être fait n’importe où avec une seule paire de chaussures » [32]

Encouragée par le nouveau Parti Travailliste, Positive Futures est une initiative développée dans le cadre des conventions d’objectifs valorisant l’inclusion sociale par le sport. Ce programme ayant pour objectif d’améliorer les dispositifs locaux en matière de santé, lutte contre la criminalité, l’emploi et l’éducation. Sur le plan politique, le parkour de Westminster a été salué par les acteurs du Westminster Sport Development comme une réussite. Là où des dispositifs parkour ont été initiés [33] , les statistiques en matière de délinquance montrent une diminution du taux de criminalité sur les périodes de vacances scolaires notamment. De même, ce dispositif a été nommé en 2008 comme étant une « bonne pratique » par l’organisme Positive Futures [34]. D’autres dispositifs similaires sont aujourd’hui largement encouragés à travers le Royaume-Uni. Cette situation soulève bien entendu des interrogations pour notre discussion et les observations récoltées pour le cas français. L’analyse de l’action publique met en avant des différences de traitement de ces publics juvéniles, de leurs cultures sportives parfois différentielles mais surtout, de la légitimation des cultures urbaines plus largement.

Conclusion

En croisant les transformations du parkour en France et en Angleterre, nous avons cherché à identifier des enjeux politiques, éducatifs et sociaux que soulèvent les dispositifs français et britannique. De plus, nous avons cherché à montrer, qu’au-delà d’un encadrement et une organisation du sport très différente, les manières de concevoir le sport avec ses transformations (culturelles, sociales) interviennent dans le traitement politique du parkour. Le concept d’inclusion sociale est à même d’illustrer la position adoptée par les organisations sportives britanniques. Nous avons également exploré les bénéfices que le parkour pouvait offrir pour une population jeune, parfois en retrait des offres sportives traditionnelles. Si les dispositifs français jouent davantage sur le processus (lent) de la démocratie participative (au plan local), les dispositifs britanniques valorisent quant à eux l’inclusion des publics auto-organisés et/ou de communautés au sein de dispositifs sportifs. L’efficacité à long terme de ces dispositifs serait à analyser, notamment en rapport aux transformations de l’activité induites par la légitimation du parkour britannique d’une part et d’autre part, sur les efforts consentis par les associations françaises pour intégrer les offres sportives locales.

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[1] La culture parkour a été largement popularisée en 2001 par l’intermédiaire de « Yamakasi », film français mettant en scène les cofondateurs de la discipline.

[2] Les pratiquants revendiquent une très forte affiliation à la « méthode naturelle d’éducation physique » développée par Georges Hébert.

[3] Official research from Parkour.com, “2010 Audience of Parkour & Freerunning videos online”, Parkour.com Research Department.

[4] Wheaton, B., Gilchrist, P., Lebreton, F., Atkinson, M., « The politics of Parkour : transnationalism, youth and social policy ». Cette recherche a reçu le soutien de la British Academy (2010-2011).

[5] Discours de Mme R. Yade, 16/12/2009

[6] Voir : La revue de l’éducation physique, Vol.51/ 3, 2011 ; Document pédagogique de travail du centre universitaire de formation continuée en éducation physique : http://www.cufocep.be/Parcours_Lero....

[7] R. Yade, le 19 Décembre 2009.

[8] Idem

[9] Discours prononcé le 13 Octobre 2006 par le Ministre de la Culture et de la Communication à l’ouverture de l’évènement « Rue » au Grand Palais, Paris.

[10] Rapport sur les « Cultures urbaines » remis au Ministère de la Culture et de la Communication le Jeudi 15 Mars 2007.

[11] Homme, 39 ans, pratique le parkour depuis son origine.

[12] Secrétaire d’Etat aux sports, 16/12/2009.

[13] Entretien individuel réalisé le 17 Février 2010 à Rennes.

[14] Un parkour day est une rencontre informelle organisée par les pratiquants qui souhaitent se réunir dans une ville précise et à une date fixe. Ces rencontres sont diffusées via les réseaux internet principalement.

[15] Éducateur, 24 ans, Rennes.

[16] Voir une antérieure où ces étapes ont été décrites : Lebreton et alii, 2010

[17] Discours recueilli le 24 Juin 2009.

[18] Entretien de F. Bach à Direct soir, Mercredi 8 juillet 2009.

[19] Bruno Girard, discours recueilli le 19 Décembre 2009.

[20] Chau Belle, discours recueilli le 19 Décembre 2009.

[21] Bruno Girard, op., cit.

[22] Les fédérations sportives multisports étant elles-mêmes agrées par le Ministère des Sports.

[23] Entretien individuel réalisé le Février 2010.

[24] Témoignage d’un membre de l’association rennaise de Parkour.

[25] Témoignage d’un membre de l’association rennaise de Parkour.

[26] « Acteurs du Sport, Le magasine du réseau sportif », Numéro 127, Mars 2011.

[27] Dans le contexte sportif, cette notion renvoie aux travaux d’Elias (1986), pour qui le « procès de civilisation » s’est essentiellement attaché à décrire, en établissant un équilibre entre « l’idéographique et le nomothétique, l’élaboration, l’apprentissage et l’affinement des conduites et des normes comportementales et socialement acceptables qui ont conduit à la formation des sociétés occidentales entre le Moyen âge et le 20ème siècle » (Bodin, 2003 :33).

[28] Voir à ce titre les recherches menées par Sport England, organisme affilié au Département de la culture, des médias et du sport, pointant du doigt la popularité croissante des activités sportives informelles et non-institutionnalisées et des lifestyle sports en particulier (Active People Survey, 2006, 2007).

[29] http://www.sportdevelopment.info/ Au Royaume-Uni, la plupart des conseils locaux ont des unités de développement du sport. Ils sont généralement responsables de la coordination de la fourniture locale (et le budget) pour le sport et la fourniture des loisirs actifs dans ce lieu, y compris les sports à l’école, les jeunes / centres communautaires, des parcs, des clubs, centres sportifs et divers ou des complexes et des espaces ouverts.

[30] Il s’agit d’un organisme de bienfaisance certifié et indépendant des gouvernements en Angleterre, au Pays de Galles et en Irlande du Nord.

[31] Il s‘agit du principal Ministère du gouvernement pour les politiques sur l’immigration, la lutte contre le terrorisme, la police, les drogues et alcool et la criminalité.

[32] Agent de Développement au Conseil des sports de Westminster et membre fondateur de Parkour UK-National Governing Body.

[33] Une analyse plus fine de l’impact en matière d’éducation dans ces quartiers est disponible dans Gilchrist, Wheaton, 2011.

[34] Sport England Report (2008). Creating safer communities. Reducing anti-social behavior and the fear of crime through sport. Disponible à l’adresse suivante : http://www.sportengland.org/search....